Voyages et Conversations avec Daaji dans le Sud de l’Inde, 1 – 8 avril 2018

1 mai 2018

Suite du voyage: Hosur

 

Paix, méditation et stades supérieurs de conscience

Daaji: Le message de la Bhagavad Gita est celui-ci: le bonheur n’est possible que lorsque nous sommes en paix. Lorsque nous sommes agitĂ©s, pouvons-nous apprĂ©cier le bonheur? Cela semble paradoxal. Comment parvenir Ă  cet Ă©tat de paix? Le Seigneur Krishna dit que nous n’y parvenons que grĂące Ă  la contemplation. Comment est-ce possible? Par la pensĂ©e focalisĂ©e. Et comment est-il possible de penser de maniĂšre focalisĂ©e? Uniquement par la mĂ©ditation.

Dans la Gita, le Seigneur Krishna explique encore que tout en Ă©tant assoupi, un Yogi est pleinement conscient. C’est cela, l’état Turiya. Dans le Sahaj Samadhi, nous sommes pleinement conscients, tout en Ă©tant si absorbĂ©s avec une activitĂ© cĂ©rĂ©brale minimale. Dans cet Ă©tat, on n’anticipe pas de coups de fil, ou de problĂšmes futurs ou prĂ©sents et on ne soucie du passĂ©. Nous sommes dans l’instant prĂ©sent. C’est l’état Turiya. Ensuite, une fois rĂ©alisĂ© l’état Turiya, quel effet va-t-il gĂ©nĂ©rer? Cet Ă©tat Turiya devient la cause de l’état Turiyateet. L’état Turiyateet signifie quelque chose au-delĂ  de l’état Turiya.

D’aprĂšs ce que je comprends, exprimĂ© simplement, Turiyateet est l’état Turiya prolongĂ© au cours des activitĂ©s quotidiennes, les yeux ouverts. Et au Sahaj Marg, cela est facilitĂ© trĂšs simplement par le souvenir constant. Vous ĂȘtes tellement absorbĂ© dans le MaĂźtre, dans son amour, vous continuez Ă  faire votre travail comme si c’était du prasad que vous Lui offriez. Tout ce que vous faites dans la journĂ©e devient prasad, devient offrande. Lorsque vous ĂȘtes dans une telle attention par rapport Ă  vos actes, votre mental ne pourra pas ĂȘtre perturbĂ© et coopĂ©rera toujours paisiblement. C’est ça Turiyateet. Alors, quel sera l’effet produit par cet Ă©tat? La fusion. Ce n’est que lorsque nous sommes dans cet Ă©tat que la fusion devient possible. Sans l’état Turiyateet, vous ne pouvez mĂȘme pas commencer Ă  fusionner; vous n’avez mĂȘme pas effleurĂ© la question. C’est la raison pour laquelle Babuji Maharaj dit que ce n’est qu’aprĂšs ĂȘtre arrivĂ© Ă  l’état de fusion que commence notre vĂ©ritable voyage spirituel.

 

À TiruppĆ«r

 

Énergie positive et Ă©nergie nĂ©gative

Lors d’une soirĂ©e au DJ Park ashram, une jeune fille enthousiaste a rencontrĂ© Daaji. Elle Ă©tait toute heureuse de lui dire Ă  quel point elle avait attendu de le rencontrer et que voilĂ , c’était arrivĂ©. Ils ont discutĂ© tous les deux et cette jeune fille disait que, selon la thĂ©orie d’Einstein, le voyage dans le temps ne devrait pas ĂȘtre possible. Daaji a rĂ©pondu que si voyager physiquement dans le temps n’est probablement pas possible, cependant du point de vue spirituel, il est possible de remonter et d’avancer dans le temps. Il est possible de remonter dans le temps et de retirer des obstacles qui affectent le progrĂšs d’une personne. Il est Ă©galement possible de jeter un coup d’Ɠil dans le futur.

Cette jeune scientifique a haussĂ© les sourcils de stupĂ©faction et elle s’est alors mise Ă  parler de l’énergie et des effets du toucher. Elle a dit qu’on ne devrait jamais toucher les autres avec l’index, car cette action enlĂšve l’énergie positive.

Daaji a rĂ©pondu: «Nous ne devrions pas ĂȘtre restrictifs dans nos pensĂ©es. Qu’est-ce que la Transmission? C’est l’énergie utilisĂ©e pour le progrĂšs d’autrui. Un Guru transmet son Essence Divine (Ă©nergie positive) pour le bien d’autrui.»

La jeune fille a acquiescĂ© en hochant la tĂȘte.

À la fin de la discussion, au moment de partir, elle s’est approchĂ©e de lui pour faire une photo; Daaji a alors pointĂ© du doigt l’épaule de la jeune fille avec son index. Elle a fait de mĂȘme, en touchant Ă  son tour l’épaule de Daaji avec le sien.

Daaji lui a dit en riant: «Tu vois, Ă  prĂ©sent tu me donnes de l’énergie nĂ©gative!»

Elle a ri et fait mine de la retirer comme un magicien avec un geste de tous ses doigts. Dans ce petit geste, il y avait de la joie et le signe d’une profonde leçon sur l’acte de ‘donner’.

Tard dans la soirĂ©e, Daaji a dĂ©cidĂ© de prolonger son voyage jusqu’au Kerala pour y rencontrer les pratiquants. Le voyage dans ‘le propre pays de Dieu’ allait commencer!

 

Vendredi 6 avril: Coimbatore et Aluva

 

Le pays de Dieu

Daaji est parti de DJ Park Ă  6h20, pour aller Ă  Coimbatore; il est arrivĂ© Ă  7h30 Ă  l’ashram de Nachipallyam. Il a conduit la mĂ©ditation de groupe et s’est reposĂ©.

Il avait hĂąte de se rendre au Kerala, il est donc parti par la route vers 13h30. Pendant le trajet, Daaji Ă©tait impressionnĂ© par le paysage d’une verdure luxuriante. Il n’a cessĂ© de s’émerveiller et a fait remarquer: «C’est vraiment le propre pays de Dieu.»

Il a profité du voyage en alternant des moments de silence, de la musique, et en partageant ses observations.

 

Un mental de méditant

Pendant le voyage, Daaji a fait observer combien nous souffrons et rĂ©agissons dans la vie, sous l’effet des Ă©motions: il a expliquĂ© comment un malentendu peut dĂ©clencher une charge Ă©motionnelle qui va causer de la colĂšre et des problĂšmes relationnels. Daaji a illustrĂ© cela avec l’histoire d’un roi et du MaĂźtre Soufi, Junayd.

Daaji: Junayd Ă©tait l’un des plus grands MaĂźtres Soufi et le roi vint le voir car il voulait devenir son disciple.

Junayd ne voulait pas dire directement ‘non’ au roi, bien qu’il sentit que celui-ci n’était pas prĂȘt pour l’initiation spirituelle; il n’a donc cessĂ© de la reporter plutĂŽt que de s’attirer des ennuis: «Faisons-le la semaine prochaine.»

Le roi le suivait partout et il Ă©tait difficile pour Junayd de s’en libĂ©rer. Comme il Ă©tait roi, il s’imposait.

Finalement Junayd lui dit: «D’accord, je vais vous initier Ă  mon systĂšme dans une semaine.»

Junayd Ă©tait malin; il monta un scĂ©nario. Il traversa la riviĂšre depuis sa ville jusqu’à l’endroit oĂč vivait sa famille. Assis sous un arbre, il convia une femme Ă  le rejoindre; ils s’installĂšrent lĂ , autour de coupes superbement disposĂ©es et passĂšrent presque deux ou trois heures Ă  savourer mutuellement leur compagnie, Ă  se verser des verres de la boisson contenue dans la jarre et Ă  s’offrir mutuellement de la nourriture.

Le roi assistait à tout cela depuis l’autre rive.

«Qu’est-ce que cet homme peut bien faire lĂ ? Il est avec une femme et il se targue d’ĂȘtre un MaĂźtre! Et non seulement est-il assis avec elle, mais il se fait tard aussi Ă  prĂ©sent et Dieu sait ce qu’ils font d’autre. Ils sont en train de boire de l’alcool.»

Alors il les rejoignit et dĂ©barqua devant eux en criant: «Quelle sorte de MaĂźtre ĂȘtes-vous donc?» Il se mit Ă  l’injurier tellement il Ă©tait en rage! «Maintenant je vais vous chasser de mon royaume, vous refusez de me donner l’initiation.»

Et la scĂšne se poursuivit sur ce ton…

Junayd lui dit alors: «Seigneur, pardonnez-moi, vous ĂȘtes le roi. Je vous ai dit que vous n’étiez pas prĂȘt pour cela.» Puis il tendit un verre au roi: «GoĂ»tez-le c’est juste du jus de fruit.»

«Et qui est cette femme?» demanda le roi?

La femme ĂŽta son voile et il put voir que c’était la mĂšre de Junayd.

Le Soufi dit alors: «Vous n’ĂȘtes vraiment pas prĂȘt Ă  devenir mon disciple, car vous doutez tout le temps. Votre mental est plein de prĂ©jugĂ©s.»

C’est une belle histoire qui montre comment le mental interprĂšte les faits. Vos yeux ont vu correctement mais votre esprit plein de prĂ©jugĂ©s interprĂšte les faits comme vous voulez bien les voir. Tant que cette charge Ă©motionnelle n’est pas clarifiĂ©e, tout cela n’a rien Ă  voir avec votre nature rĂ©elle. Parfois vous vous mĂ©prenez sur toute la ligne, mĂȘme si ce n’est pas dans vos tendances de vous mettre en colĂšre.

Alors que se passe-t-il dans ce cas de figure? Ce malentendu peut causer de l’irritation, de la colĂšre et gĂącher une relation. Et on entend souvent les gens dire: «Oh, je me suis mis en colĂšre.» Et naturellement, le tout par ignorance et Ă  partir d’un malentendu! C’est pour cela qu’il est trĂšs important de comprendre la situation. Pourquoi telle chose a Ă©tĂ© faite, par qui, Ă  quel moment, et oĂč. Tout cela fait partie des paramĂštres Ă  prendre en compte.

Q: Alors le mental d’un mĂ©ditant doit-il toujours chercher Ă  comprendre?

Daaji: Toujours, sinon nous nous privons de l’expansion. Le mental d’un mĂ©ditant s’efforce toujours de pardonner. Nous ne pouvons pas porter ce poids. C’est trop lourd. MĂȘme si c’est exact. «Ok, vous avez pris un verre avec votre mĂšre. Et bien prenez-en un autre!»

Vers 15 heures, Daaji a fait halte prĂšs de Trissur chez un pratiquant. Il y a conduit la mĂ©ditation et a passĂ© un moment avec un groupe de pratiquants trĂšs affectueux. Il a ensuite poursuivi son voyage, et aprĂšs une brĂšve Ă©tape Ă  Kochi, il est arrivĂ© Ă  l’ashram d’Aluva, tard dans la soirĂ©e. Ces voyages amĂšnent nos groupes Ă  se rassembler et aller plus profondĂ©ment dans la spiritualitĂ©.

 

Samedi 7 avril: Aluva

PrĂšs d’un millier de pratiquants Ă©taient prĂ©sents Ă  l’ashram d’Aluva. À 9 heures, Daaji a conduit la mĂ©ditation de groupe, elle a durĂ© une heure. Ensuite, il a parlĂ© briĂšvement pour fĂ©liciter l’assemblĂ©e des pratiquants et leurs centres pour la merveilleuse qualitĂ© de la mĂ©ditation et de la condition spirituelle.

 

Quand les MaĂźtres sont satisfaits

Daaji: Hier, en partant de Tiruppur, quelques pratiquants me mettaient la pression: «Pourquoi allez-vous au Kerala? Les pratiquants du Kerala sont dĂ©jĂ  allĂ©s Ă  Kanha et vous les avez tous rencontrĂ©s, mais vous n’ĂȘtes jamais venu dans notre centre.»

Je n’avais pas de rĂ©ponse et je ne voulais pas non plus argumenter. Il arrive parfois que des choses sortent du planning. Je n’avais pas prĂ©vu de venir ici, mais une chose amenant l’autre… et je sentais une telle attraction.

J’ai pu alors comprendre la sagesse contenue dans les paroles de Babuji: «Agissez de telle sorte que les MaĂźtres soient satisfaits et voyez ce qu’ils peuvent faire pour vous». Je pense que quelque part, d’une certaine façon, vous vous ĂȘtes tous Ă©levĂ©s dans cet Ă©tat et vous avez pu attirer leur attention. Le sitting de ce matin en dit long. Ceux d’entre vous qui voyagent avec moi, ceux d’entre vous qui ont l’habitude de mes sittings Ă  Kanha Ă©galement, savent qu’ils excĂšdent rarement 35 Ă  40 minutes. Aujourd’hui, c’était sans effort et, zou, une heure. J’étais tellement surpris! Aussi dois-je fĂ©liciter les pratiquants d’ici pour une pareille condition et, quoi que vous fassiez, je vous prie de continuer Ă  le faire de bon cƓur et d’essayer si possible de vous aventurer dans d’autres sphĂšres, d’autres dimensions oĂč nous attendent des conditions plus fines, des conditions raffinĂ©es.

Un de mes frĂšres me disait hier que les pratiquants locaux pratiquent avec beaucoup de zĂšle; ils lisent aussi beaucoup de livres et sont bien informĂ©s sur le Sahaj Marg. Je n’ai donc que des Ă©loges Ă  faire Ă  ce centre et aux centres des alentours. Merci!

 

La paix est la condition prérequise pour des états supérieurs

La paix est la condition prĂ©alable au bonheur et elle l’est Ă©galement pour l’état de Samadhi. Il y a divers Ă©tats de Samadhi, divers types de Samadhi, diverses dimensions de Samadhi, mais la condition prĂ©alable est toujours un cƓur en paix. Si nous essayons sans cesse de satisfaire des dĂ©sirs, ici et lĂ , Ă  tout prix, le cƓur devient trĂšs agitĂ©. Aussi avons-nous besoin de nous focaliser sur l’essentiel et de le satisfaire. Ayant satisfait l’essentiel, tout le reste s’en trouve satisfait, car il y a rĂ©alisation du but. Une fois arrivĂ© Ă  l’état de Samadhi, d’autres stades de Samadhi nous attendent Ă©galement. Au dĂ©but, souvent avec une seule dose de transmission, nous nous perdons. Rappelez-vous votre premier sitting, le deuxiĂšme, le troisiĂšme et les suivants – ils Ă©taient tellement bons. Vous avez senti: «Oh, j’étais complĂštement loin! Il ne m’est jamais rien arrivĂ© de tel dans ma vie.» Nous Ă©crivons cela dans notre journal, mais ensuite l’état de Samadhi qui ressemble Ă  la pierre change Ă  son tour. Lalaji Maharaj donne Ă  l’état oĂč on est pleinement absorbĂ© tout en Ă©tant conscient, le nom de Sahaj Samadhi, ou quatriĂšme Ă©tat, la condition Turiya. Dans la condition Turiya, nous nous sentons si absorbĂ©, si dĂ©tendu, tout en Ă©tant pleinement conscient. Il y a une autre dĂ©finition du yogi: celui qui peut sembler assoupi mais qui est pleinement absorbĂ© et pleinement conscient.

Le Sahaj Marg offre beaucoup plus que cela: ce que j’appelle l’état Turiyateet dans lequel cet Ă©tat Turiya prĂ©domine au cours de nos activitĂ©s quotidiennes, se prolongeant au-delĂ  des heures de mĂ©ditation. Vous pouvez ĂȘtre Ă  l’école, au travail, peut-ĂȘtre en train de cuisiner, peut-ĂȘtre en train de conduire ou de ne rien faire en regardant la tĂ©lĂ©, mais votre Ă©tat intĂ©rieur est si profond, comme si vous Ă©tiez en Ă©tat de mĂ©ditation.

Nous parlons souvent de la façon dont sont formĂ©s les samskaras; ils sont Ă©galement formĂ©s par cette loi de cause Ă  effet. Quelque chose se produit et cela crĂ©e un effet. Je regarde une belle rose et mon regard est attirĂ© par sa beautĂ©. Plus tard, je repasse par-lĂ , et je veux la tenir dans ma main et je m’exclame: «Waouh, qu’est-ce qu’elle sent bon!» Le troisiĂšme jour j’ai envie de la cueillir et de la ramener chez moi. C’est la cause et l’effet, l’effet de propagation.

Comment pouvons-nous en tirer parti dans la vie spirituelle? Laissons la condition de paix du cƓur créée par la mĂ©ditation, devenir la fondation d’autres Ă©tats en croissance: bonheur intĂ©rieur, contentement intĂ©rieur. Ce sont le rĂ©sultat d’un cƓur en paix qui produit Ă  travers l’état semblable au Samadhi, l’état Turiya, l’état Turiyateet. Nous devenons Ă  prĂ©sent Ă©ligible Ă  la fusion.

Lorsque la puretĂ© rĂšgne en maĂźtre, la simplicitĂ© est Ă  son pinacle. Le cƓur pur peut devenir Ă©ligible Ă  fusionner avec la puretĂ© ultime. Tant que nous entretenons des souhaits et des dĂ©sirs, que nous chantons nos propres louanges, y compris notre rĂ©ussite au Sahaj Marg, il ne se produira rien. Ce n’est que lorsque nous dĂ©passons tout cela que nous devenons vĂ©ritablement Ă©ligible Ă  fusionner dans cette puretĂ© ultime que nous appelons Dieu. C’est une appellation prĂ©sumĂ©e, car personne n’a vu Dieu. Nous tenons cela pour acquis. C’est comme une hypothĂšse: soit nous supposons qu’il est lĂ  ou nous supposons qu’il n’est pas lĂ . Eh bien de toute façon, quelque part au bout du compte, nous prouvons dans notre vie que «Oui! Il est absolument lĂ !» Et alors, nous entamons le voyage de telle façon que nous devenions apte Ă  fusionner en Lui. Ce n’est qu’aprĂšs la fusion que commence notre vĂ©ritable voyage spirituel. Jusque-lĂ  nous ne faisons que prĂ©parer les fondations.

Nous avons la religion, la spiritualitĂ©, la RĂ©alitĂ© et Ă©galement la bĂ©atitude en abondance. La bĂ©atitude aussi devient trop pesante vers la fin et nous disons: «D’accord, je n’ai plus rien Ă  faire de la bĂ©atitude; je renonce Ă  la bĂ©atitude.» Renoncer aux autres choses de la vie quotidienne qui viennent des samskaras est trĂšs facile, de mĂȘme que d’arrĂȘter de chanter nos propres louanges – comme on dit – ou d’abandonner l’ego, transcender l’ego, transcender maya. Ce sont de petites choses. La chose ultime, celle qui consiste Ă  abandonner l’état de bĂ©atitude, est un dĂ©fi. Mais Ă  travers le Sahaj Marg, quand nous avons compris toutes les Ă©tapes, l’une aprĂšs l’autre, l’une menant Ă  l’autre, cela se produira alors de la plus naturelle des façons. Il se peut que nous ne sachions mĂȘme pas que «Maintenant, je serre la main de Dieu.» À ce moment-lĂ  aussi, cela semblera complĂštement normal, tout comme simplement respirer l’air. Cela ne demande pas beaucoup d’effort. L’osmose dans cette ultime puretĂ© se produira de façon si naturelle que nous n’en reviendrons pas. En fait, nous ne saurons mĂȘme pas que nous avons rencontrĂ© Dieu ou le Divin. Ces vibrations deviennent notre nature. C’est comme une goutte d’eau qui tombe dans l’ocĂ©an. Elle n’existe plus en tant que goutte d’eau et il ne reste plus de goutte d’eau pour reconnaĂźtre: «Oh! Je suis devenue l’ocĂ©an.»

Je pense donc que nous avons une belle fin en perspective, mĂȘme s’il n’y a pas de fin quand nous nous embarquons dans une vie spirituelle. Ce livre-lĂ  peut ĂȘtre fermĂ© trĂšs joyeusement dans cette vie et nous pouvons dire: «J’ai fait ce que je devais faire. Je ne pouvais faire rien de plus et merci mon Dieu.» Et merci de votre Ă©coute, sƓurs et frĂšres.

 

Qu’en est-il du changement social?

Daaji a conduit la méditation de groupe du soir puis, il a répondu aux questions de pratiquants:

Q: Cher Daaji, avec votre visite, l’état du Kerala commence un nouveau voyage spirituel; un nouvel Ă©veil spirituel est en train de se produire. Ce matin, vous nous avez aussi dit que notre Ă©tat se trouve clairement sur la voie du progrĂšs. En mĂȘme temps, cet Ă©tat affronte Ă©galement des dĂ©fis sur diffĂ©rents plans – politique, social et Ă©conomique; et il est unique que l’influence des mĂ©dias soit trĂšs forte et que nous ayons un gouvernement orientĂ© Ă  gauche. La question est: comment situez-vous cet Ă©tat sur la carte spirituelle ou l’échelle spirituelle? OĂč en sommes-nous? Quel avenir imaginez-vous pour l’état du Kerala?

Daaji: À titre personnel je dirais que, lorsqu’un individu n’est pas heureux, sa famille ne peut pas ĂȘtre heureuse. Lorsqu’un individu n’est pas spirituel, l’ensemble de la famille manquera de spiritualitĂ©. Voulez-vous ajouter la spiritualitĂ© et en faire un Ă©grĂ©gore? La spiritualitĂ© est individuelle et je ne peux mĂȘme pas forcer mon Ă©pouse Ă  mĂ©diter. Bien sĂ»r peut-ĂȘtre mĂ©dite-t-elle, et vous pouvez demander Ă  vos proches de mĂ©diter, peut-ĂȘtre vont-ils aussi coopĂ©rer, mais pensez-vous qu’ils mĂ©ditent Ă  votre rythme, Ă  votre niveau d’amour? Leur recherche est-elle vraiment sincĂšre, authentique?

Si nous ne pouvons pas parler en toute confiance de notre propre famille, comment pouvons-nous concevoir la destinĂ©e de l’état tout entier? Les personnes spirituelles se mĂȘleront de leurs affaires, en s’acquittant du mieux possible de leur devoir envers la communautĂ© et l’état; nous faisons simplement notre part du mieux que nous pouvons. C’est la raison pour laquelle Babuji a prescrit la priĂšre de 21 heures, pas seulement pour l’état ou la famille, mais pour le monde entier. Je ne peux changer personne; le changement arrive de son plein grĂ©. Si l’autre personne voulait aussi changer, alors il y a une possibilitĂ©. Vous voyez?

Le scĂ©nario politique au Kerala et dans le monde entier est si corrompu. Comme les divisions communautaires ne cessent de s’accroĂźtre, il y a tellement d’un cĂŽtĂ© et si peu de l’autre. Cela prend de l’ampleur Ă©galement dans toute l’Inde. L’écart s’élargit et qui sait quand l’évolution s’effondrera et quand tous les Ă©lĂ©ments nĂ©gatifs seront lĂąchĂ©s.

Vous avez dĂ» savoir que pendant les fĂȘtes de Bharath, (NDT: la cĂ©lĂ©bration du premier jour de l’annĂ©e se dĂ©roule au Kerala le 13 et 14 avril), les logements de l’un de nos pratiquants ont Ă©tĂ© saccagĂ©s sans raison Ă  Gwallior. C’est parce qu’il appartenait Ă  une certaine communautĂ© qu’on a cassĂ© ses vĂ©hicules, brisĂ© ses fenĂȘtres et tout dĂ©truit. Il n’y a pas que sa famille qui en souffre, mais tant d’autres. Nous sommes vraiment entrĂ©s dans une zone toxique pour notre vie terrestre. Mais faisons de notre mieux pour nos familles, pour nous-mĂȘmes et prions pour le reste.

 

La neuroscience du Samadhi

Q: Daaji, comment pouvons-nous progresser jusqu’à l’état de Sahaj Samadhi? Nous avons besoin d’un peu plus d’indications sur la façon d’atteindre l’état de Turiyateet et d’y demeurer en permanence.

Daaji: Les mĂ©thodes nous sont dĂ©jĂ  donnĂ©es; nous n’avons qu’à les appliquer dans notre vie quotidienne: la mĂ©ditation du matin, le nettoyage du soir et la priĂšre au coucher suffisent pour arriver Ă  ces conditions Ă©levĂ©es. Lalaji Maharaj et Babuji Maharaj en ont parlĂ©.

Qu’est-ce que Turiya? A nouveau, vous ne devriez pas ĂȘtre confus avec ce qu’est Turiya en sanscrit. D’un point de vue scientifique vous pouvez en faire une expĂ©rience – une expĂ©rience de conscience, une expĂ©rience d’attention. Pour faire trĂšs simple, je vais vous expliquer l’essentiel que sous-tend la mesure de l’activitĂ© cĂ©rĂ©brale ou Ă©lectroencĂ©phalographe (EEG). Chaque fois que vous pensez, s’il y a de la colĂšre dans votre esprit, cela provoquera des impulsions Ă©lectromagnĂ©tiques dans votre cerveau, crĂ©ant un champ magnĂ©tique qui peut ĂȘtre mesurĂ©. Si vous pensez trop vite, on pourra mesurer cette vĂ©locitĂ©. Si vous ne pensez pas du tout, il y aura un niveau d’activitĂ© mentale trĂšs bas, donc un niveau trĂšs bas d’activitĂ© Ă©lectrique et de champ magnĂ©tique créé.

Ainsi, lorsqu’il y a beaucoup de pensĂ©es, il y a un effet ondulatoire intense, si bien que l’aiguille de l’EEG se dĂ©place trĂšs rapidement. En revanche, lorsqu’une personne est paisible, la mesure sera Ă©galement plus lente et plus calme. Quand vous lisez un livre que vous apprĂ©ciez, que vous Ă©coutez de la musique, ou que vous mĂ©ditez, elle ralentira. Pendant le sommeil, la frĂ©quence ralentit encore plus. Nous avons mesurĂ© l’EEG de quelques abhyasis qui pratiquaient la mĂ©ditation Sahaj Marg et cela reproduit exactement la condition de sommeil profond alors que la personne ne dort pas. Lorsque nous sonnons une cloche, la personne l’entend; elle est donc consciente mais son tracĂ© d’EEG est extrĂȘmement bas, comme si elle Ă©tait plongĂ©e dans un profond sommeil.

Dans la Gita, Krishna dit qu’un yogi est quelqu’un dont la conscience est dans un Ă©tat identique au sommeil alors qu’il est en plein travail. Ainsi, notre mental travaille mais il est paisible – il ne court pas aprĂšs dix mille choses, il ne s’affole pas, il ne rĂ©agit pas par des signaux rapides. Il Ă©volue lentement en pleine conscience. C’est donc ce qui se passe dans l’état Turiya: vous acquĂ©rez l’état du sommeil, tout en Ă©tant pleinement conscient de ce qui se passe Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur. Je ne parle pas de la prĂ©sence du MaĂźtre.

La condition Turiya est possible dans la mĂ©ditation Heartfulness mĂȘme pour une personne qui mĂ©dite pour la premiĂšre fois. Si on vĂ©rifie leur EEG, le tracĂ© indiquera le schĂ©ma de l’onde cĂ©rĂ©brale du sommeil profond. Dans l’ensemble, je dirais que 99% de nos pratiquants sont capables d’apprĂ©cier les bienfaits de l’état Turiya pendant la mĂ©ditation et que s’ils font assez attention de maintenir leur condition aprĂšs la mĂ©ditation, ils peuvent le prolonger de sorte qu’il devienne l’état Turiyateet, les yeux ouverts. Et alors vous Ă©voluez dans la vie dans un Ă©tat de calme.

 

Le corps, le mental et l’ñme

Q: Il est dit que les corps subtils vont avec l’ñme, cependant la vie n’a d’existence que lorsque le corps et l’ñme sont unis. Pourriez-vous nous Ă©clairer sur ce concept?

Daaji: La premiĂšre chose que j’ai apprise sur cette histoire de corps subtil c’est en lisant VĂ©ritĂ© Eternelle de Lalaji Saheb. Il dĂ©crit merveilleusement la façon dont nous avons:

  1. Le corps physique, qui est la manifestation extérieure.
  2. Les corps subtils, qui sont nombreux, mais dont les quatre principaux sont: chit, manas, buddhi et ahankar.
  3. Le corps causal, le plus profond, cause de toute chose, karan de toute chose. C’est notre atman, et sans l’atman, oubliez les corps subtils et le corps physique.

Tous ces Ă©lĂ©ments sont nĂ©cessaires, et l’ñme dans sa sagesse, choisit des parents, s’incarne et se manifeste sous une forme physique. Cette forme physique est indispensable, aussi devons-nous la maintenir en bonne santĂ©, permettant Ă  ces quatre corps subtils de croĂźtre en parallĂšle. Alors l’ñme pourra se rĂ©aliser.

Le but est quelque chose d’autre. Quand nous demandons ‘quel est le but de la vie?’ nous pensons souvent Ă  tant de concepts Ă©sotĂ©riques, mais selon mon cƓur, le but de la vie est simplement de faire Ă  chaque instant le mieux que nous pouvons. Et quand vous parlez d’amĂ©liorer l’ñme et sa qualitĂ©, pouvez-vous amĂ©liorer ce qui est dĂ©jĂ  pur et Ă©ternel? Vous ne le pouvez pas. Elle est ce qu’elle est.

Comment pouvons-nous amĂ©liorer le corps physique? Si nous accordons trop d’attention au corps physique, nous en serons prisonnier. Nous lui sommes dĂ©jĂ  si fortement assujetti, et pourtant ce corps physique ne peut que vieillir et se dĂ©grader. Il suit son rythme naturel propre et ne peut Ă©voluer, il peut seulement vieillir.

Alors quel est l’objet de cette Ă©volution, si elle ne concerne ni l’ñme ni le corps physique? Elle concerne les corps subtils: chit, manas, buddhi et ahankar. Nous avons tous une conscience, nous avons tous un mental, nous avons tous un intellect, nous avons tous un ego. Lorsque ces quatre corps Ă©voluent peu Ă  peu pour devenir ce que nous trouvons chez un saint, qu’advient-il d’eux Ă  la fin?

La conscience est le champ dans lequel manas, buddhi et ahankar jouent leur rĂŽle. Qu’advient-il de manas? Le rĂŽle de manas est de penser et la pensĂ©e doit Ă©voluer du mental au cƓur. C’est tout un spectre dans lequel, au lieu de focaliser uniquement sur cet appareil pensant, nous laissons le cƓur assumer un rĂŽle plus actif. Les saints rĂ©pondent sans avoir Ă  penser. L’exemple que je donne souvent est celui d’un homme d’affaires, d’un employĂ© de bureau ou d’un Ă©tudiant, qui a un problĂšme et reste perplexe pendant des mois d’affilĂ©e. Sa mĂšre, sa sƓur ou son Ă©pouse va lui demander: «Qu’est-ce qui ne va pas? Dis-moi ce qui te tracasse.» Lorsqu’il se confie et dit: «Maman, voilĂ  mon problĂšme», elle va immĂ©diatement suggĂ©rer une rĂ©ponse. Une Ă©pouse fournira Ă©galement une rĂ©ponse immĂ©diate Ă  un problĂšme que vous avez ruminĂ© pour rien, pendant trois ou six mois. Bien sĂ»r la pensĂ©e a son propre rĂŽle, mais si vous pouvez ressentir la situation, vous pouvez obtenir une rĂ©ponse immĂ©diate.

C’est la mĂȘme chose pour l’intellect, nous pouvons intellectualiser sur tant de sujets, mais une fois que notre intellect dĂ©veloppe l’intelligence, nous devenons plus intuitifs, la sagesse se dĂ©veloppe et nous commençons Ă  recevoir la guidance de l’intĂ©rieur. Il n’y a plus besoin d’intellectualisation, les choses se rĂ©vĂ©lant d’elles-mĂȘmes.

Et qu’en est-il de l’ego? Tant que nous restons Ă©gotique, il n’y a pas grand-chose qui puisse ĂȘtre accompli. Un mental Ă©gotique se prĂ©occupe uniquement de ‘moi-mĂȘme’. Une personne Ă©gotique ne pensera pas beaucoup Ă  Dieu. C’est un long chapitre.

L’évolution conjuguĂ©e de ces trois corps permet Ă  la conscience de grandir. Mais en fait, Babuji Maharaj met un bĂ©mol sur cet aspect de la conscience. Il dit qu’alors que l’expansion de notre conscience est bonne et que nous devons faciliter son Ă©volution, nous devons Ă©galement prĂȘter attention Ă  quelque chose de bien plus important que cela. Il donne l’exemple des jouets que l’on donne aux enfants: les enfants ont besoin de jouets pour s’amuser et les adultes ont aussi leurs propres drĂŽles d’idĂ©es sur l’amusement. Les yogis Ă©galement gĂąchent leur sadhana et leur tapasya en jouant avec la conscience. Babuji nous invite Ă  aller au-delĂ  de la conscience au Sahaj Marg et Ă  dĂ©couvrir ce qu’est le potentiel derriĂšre la conscience; quel est le support de la conscience?

Il nous faut donc avancer petit Ă  petit comme cela. C’est cette combinaison des corps subtils qui forme un amalgame avec l’ñme et chemine d’une vie Ă  l’autre. Les samskaras sont stockĂ©s dans ces corps subtils. Plus les samskaras sont supprimĂ©s, plus les corps subtils deviennent libres. Et l’ñme trouvera sa propre libĂ©ration grĂące Ă  ce processus. Merci.”

En l’espace de dix minutes, il a plu Ă  verse, emplissant l’atmosphĂšre d’une fraĂźche brise et de joie. Comme si le propre pays de Dieu Ă©tait bĂ©ni une fois de plus!

 

Dimanche 8 avril: Aluva

Daaji s’est levĂ© tĂŽt et a conduit la mĂ©ditation. Son discours de clĂŽture tenait en un mot: «Merci.»

Un de nos frĂšres a demandĂ© Ă  Daaji: «Qu’est-ce que la possessivitĂ©? Pourquoi se manifeste-t-elle? Est-ce de l’amour ou de l’insĂ©curitĂ©?»

Daaji a rĂ©pondu: «Ce n’est absolument pas de l’amour. L’amour donne la libertĂ©.»

Il est reparti pour Bangalore pour rencontrer le nouveau membre de sa famille. Le voyage officiel se termine jusqu’au dĂ©but du prochain!

Il se passe tant de choses en voyage qui ne peuvent ĂȘtre captĂ©es en mots, qui ne peuvent ĂȘtre captĂ©es en connaissance. On peut toujours rester ajustĂ© intĂ©rieurement et expĂ©rimenter.

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