Jeûne et autophagie : à la croisée de l’ancienne sagesse et de la recherche scientifique

9 octobre 2016

Il y a quelques jours, nous avons eu au Centre de méditation Heartfulness du New Jersey (USA), une conversation sur la signification des différents rituels et coutumes observés dans la société depuis des temps immémoriaux. Beaucoup de ces rituels sont suivis avec rigueur et discipline, ce qui est une bonne chose. Mais connaître la véritable signification des principes qui les sous-tendent les rend encore plus joyeux et plus percutants.

Dans cette conversation, nous avons abordé différents sujets comme les raisons pour lesquelles en Inde on orne le front des femmes mariées avec un point de pigment rouge appelé sindoor, ou bien on prie avant le repas et on jeûne lors de grandes occasions. J’aimerais vous faire part de certaines de mes idées sur le concept du jeûne.

Un grand nombre de rituels traditionnels disparaissent de la civilisation moderne, mais heureusement la population simple des villages en conserve encore quelques uns. Ces gens ne comprennent peut-être pas le sens de ces rituels, mais ils continuent à les pratiquer. Le problème se pose chez les personnes soi-disant instruites qui nous demandent ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. Il en résulte que, lorsque nous n’avons pas de raison valable à avancer, nous évitons de pratiquer les rituels, de crainte d’être considéré comme quelqu’un de vieux jeu ou qui ne comprend pas vraiment ce qu’il fait. Il nous faut examiner cela pour essayer de découvrir la signification profonde de la plupart de ces rituels.

Commençons par la signification du mot Ekadashi dans la culture indienne. De nombreuses personnes observent le jeûne les jours d’Ekadashi. C’est un rituel largement répandu, mais son sens profond n’est pas compris.

Ekadashi est le mot sanscrit pour le chiffre 11. Il correspond au onzième jour de chaque quinzaine du calendrier lunaire. Il y a donc deux jours d’Ekadashi chaque mois: l’un dans la première moitié du mois où la lune est croissante et l’autre lorsque la lune décroît. Ces journées ont une importance très particulière pour la santé et leur pratique a été reliée à la religion uniquement à des fins de santé et de bien-être. S’ils n’avaient pas été associés à la religion, la population n’aurait pas suivi de tels préceptes.

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Le problème se pose chez les personnes soi-disant instruites qui nous
demandent ce que nous faisons et pourquoi ne le faisons. Il en résulte
que, lorsque nous n’avons pas de raison valable à avancer, nous évitons
d’observer les rituels de crainte d’être considéré comme quelqu’un de
vieux jeu ou qui ne comprend pas vraiment ce qu’il fait. Il nous faut
examiner cela pour essayer de découvrir la signification profonde de la
plupart de ces rituels.

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Il est bon de modérer la consommation de nourriture ces jours-là afin de contrebalancer les effets de la lune sur le corps humain, car notre corps est constitué de 60 à 70% d’eau. Vous pouvez constater l’effet de la lune sur l’eau des océans. Il est considérable. Les nuits de pleine lune, les marées peuvent monter jusqu’à 6 ou 9 mètres. L’organisme humain est affecté de la même manière.

Les statistiques montrent qu’au moment de la pleine lune, l’activité criminelle est plus élevée que d’habitude. Le terme anglais ‘lunatic’ (fou/aliéné) provient en fait de l’influence de la lune sur le système nerveux humain. Nos aînés ont dû observer cela. À partir du huitième jour du cycle lunaire, l’effet commence à croître pour culminer au quinzième jour. Le onzième jour, Ekadashi, se trouve à mi-parcours. Si nous modérons notre ration alimentaire ce jour-là, nous pouvons neutraliser l’impact de la lune sur notre organisme.

Plus près de chez nous, les grands Maîtres du Sahaj Marg ont suggéré de jeûner lors de certains événements particuliers. Tel que le jour où une personne reçoit la permission de commencer à former les autres. Peut-être demanderez-vous pourquoi les formateurs sont priés de jeûner le jour où ils reçoivent la permission de travailler?

Au Sahaj Marg, la préparation spécifique de la formation d’un candidat se poursuit pendant des jours, parfois même des années, avant que le travail ne s’achève. Le jour où la permission lui est accordée, le formateur devient qualitativement un canal spirituel de la transmission divine, et ce jour-là, la plupart de ses chakras yogiques¹ sont purifiés et amenés à une sorte d’ouverture ou d’épanouissement.

Ces chakras reçoivent également une charge divine, ce qui permet au formateur de devenir un canal pour le travail spirituel. Lorsque cela se produit, la charge divine reste très active pendant les quelques jours qui suivent. Cette charge divine est tellement subtile comparée à l’énergie que nous puisons dans la nourriture solide que, si l’on devait manger, l’énergie grossière de la nourriture se substituerait naturellement à la charge divine subtile. Ce jour-là, l’idée est d’être à l’écoute, de recevoir et de laisser la charge s’absorber complètement. D’où la recommandation de jeûner lors de cette journée. J’espère que vous pourrez apprécier à quel point il est important de modérer son alimentation en cette journée si importante.

Plus tôt dans la semaine, je lisais un article à propos du travail fascinant du Dr. Yoshinori Oshumi sur l’autophagie, qui lui a valu de recevoir cette année le Prix Nobel de Médecine. Grâce au Dr. Oshumi et à ceux qui ont marché sur ses traces, nous savons maintenant que l’autophagie contrôle d’importantes fonctions physiologiques dans lesquelles les composants de la cellule doivent être dégradés et recyclés. Autophagie signifie «se manger soi-même»; il s’agit du processus par lequel le corps consomme ses cellules endommagées et ses protéines inutilisées. Après une infection, l’autophagie peut éliminer ces cellules infectées par l’invasion des bactéries et des virus dans le tissu intracellulaire. (Lire plus) Or, curieusement, on trouve dans l’Ayurveda une citation qui dit: «Affamez un rhume.» Je crois que les anciens avaient observé cette corrélation entre les spectres physique, émotionnel et mental.

Les exemples ci-dessus au sujet d’Ekadashi et du travail préparatoire d’un formateur au Sahaj Marg montrent que l’autophagie peut également avoir un rôle à jouer dans notre bien-être émotionnel et mental, au-delà du seul corps physique. J’attends avec impatience la suite du travail novateur des scientifiques qui valideront les nouvelles frontières de ce domaine de recherche.

Envoyez-moi vos idées à ce sujet sur daaji@heartfulness.org ; j’ai hâte d’engager le dialogue avec vous tous pour approfondir le sujet.

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REFERENCES :
[1] La plupart des gens ont entendu parler des chakras ou points, que l’on peut décrire comme des centres de concentration d’énergie divine situés à différents endroits de l’organisme humain. On sait qu’il existe sept chakras, de la base de la colonne vertébrale jusqu’au chakra couronne, mais la réalité est beaucoup plus complexe et plus vaste.
Associés à chacun des points se trouvent des sous-points, et il y a dans l’espace intermédiaire qui sépare les points un réseau entremêlé de nombreuses fibres complexes. Tandis que nous avançons, nous traversons ces couches intermédiaires. Tout cela pris ensemble forme un réseau qui peut être décrit comme l’anatomie spirituelle de l’être humain.
Il y a treize points principaux, depuis le cœur jusqu’à l’arrière de la tête. Ces treize points sont décrits dans un schéma du livre intitulé Vers l’Infini du grand Maître du vingtième siècle, Shri Ram Chandra de Shahjahanpur. On peut trouver ce schéma à la page 16 du livre accessible par ce lien .

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